Identifier les coûts cachés des déchets

Qu’est-ce que les coûts cachés ?

Que comprennent les coûts cachés ?

Cela comprend les coûts liés à la proportion :

  • des achats qui ne contribueront pas au produit fini (ex. : chutes de plastique dans un process de fabrication de bouteilles) ou qui n’auront pas ou qu’en partie été utilisés et qui deviendront un déchet (ex. : achat de peinture mais utilisation d’une moitié, l’autre moitié est jetée) ;
  • du temps de main d’œuvre sans valeur ajoutée (ex. : temps d’un employé passé sur une chaîne de production où il y 5 % de chutes → 5 % de son temps est une perte financière) ou consacrée à la manutention (ex. : temps du salarié pour collecter et déposer les chutes dans la benne) ;
  • d’énergie (gaz, électricité, fioul, essence…) utilisée pour produire (ex. : énergie utilisée pour produire les 5 % de chutes) ou gérer les déchets (ex. : essence utilisée pour aller à la déchèterie) ;
  • de consommables (ex. : lubrifiant pour pièces d’un process, cartouches d’encre consommées pour des impressions ratées ou inutiles) qui ont été utilisés pour produire le déchet. 

S’intéresser aux coûts cachés permet de déterminer le coût réel des déchets, coût qui ne se limite pas au seul coût de gestion des déchets (collecte + traitement), en général négligeable par rapport aux coûts cachés. Coûts cachés

Même si le prestataire rachète les déchets, il est toujours plus avantageux économiquement de ne pas produire ces déchets. Ceci est vrai notamment pour le secteur de l’industrie où le coût d’achat des matières premières, qui deviendront en partie des déchets, est bien supérieur au coût du rachat par le prestataire. Pour faire des économies et gagner en compétitivité, travailler les coûts cachés est un levier important !

Une méthodologie de calcul normée

Pour les entreprises transformant de la matière, l’AFNOR a normé (ISO 14051) en 2011 une méthode de calcul du coût complet afin d’avoir une méthodologie commune, notamment dans les flux à prendre en compte. Cette norme est aussi appelée la méthode MFCA (Material Flow Cost Accounting ou Comptabilité des flux matières). Le principe du calcul est schématisé ci-dessous pour une ligne de process.

Calcul coût pertes matières

Les coûts cachés donnent une nouvelle vision comptable aux déchets : ils prennent de la valeur au fur et à mesure du process.

La démarche de calcul du coût complet peut être lourde et compliquée (quantification des flux à affecter à chaque étape du process et récupération de toutes les données qui concernent l’ensemble des services de l’entreprise). 

Il est parfois nécessaire de faire appel à un bureau d’études spécialisé dans l’utilisation de la norme ISO 14051 (des aides ADEME sont disponibles) pour effectuer ce calcul.

Qui peut me conseiller ?

Des acteurs peuvent vous informer ou vous conseiller pour calculer vos coûts cachés et déterminer les coûts qui peuvent diminuer.

Les aides de l’ADEME

L’ADEME peut financer une partie d’un diagnostic permettant de calculer les coûts cachés, uniquement si celui-ci est fait par un prestataire extérieur à l’entreprise.

Le conseil des chambres consulaires

Les organisations et fédérations professionnelles, les chambres consulaires et les associations dédiées à des secteurs d’activité (ex. : industries agro-alimentaires) peuvent vous informer et vous conseiller pour calculer vos coûts cachés et les diminuer. Une personne de ces structures peut être dédiée spécialement aux démarches environnementales. Si ce n’est pas le cas, on vous orientera vers un ou des interlocuteurs pouvant répondre à vos demandes.

Quelques contacts utiles :

Vous pouvez aussi vous rendre sur le site internet de votre chambre consulaire pour contacter directement le conseiller environnement de votre département.

Retours d’expériences

Depuis 2014, l’ADEME et les CCI ont mené 2 opérations portant sur les coûts cachés en Saône-et-Loire et Côte-d’Or. Ces actions ont permis aux industries participantes de réaliser des économies financières substantielles et de diminuer leur impact environnemental.

La notion de coûts cachés et l’application aux entreprises est très récente en France (2011) ; il en existe peu d’exemples. 
En 2012, l’ADEME a réalisé une opération à l'échelon national avec 10 entreprises témoins qui se sont portées volontaires pour calculer le coût complet des déchets. 

Des expérimentations régionales

Depuis 2014, l’ADEME Bourgogne-Franche-Comté et les CCI de Bourgogne ont proposé aux industries de Saône-et-Loire et de Côte-d’Or l’opération « Lean & Green ». Dans cette opération, chaque industrie est accompagnée par un bureau d’études spécialisé pour calculer le coût complet des déchets et proposer des actions pour diminuer ces coûts et réduire l’impact environnemental de l’entreprise. Les coûts cachés ont ainsi été calculés pour une quinzaine d’entreprises. 
Une 3e opération « Lean & Green » est actuellement en cours pour une dizaine d’industries de Bourgogne. 

 CCI Lean & Green : faire des économies en améliorant sa performance environnementale

Un outil de définition des pistes d’amélioration

Le bilan des deux premières opérations a montré que le coût complet des déchets était en moyenne d’un million d’euros. En effet, le coût complet des déchets ne peut pas être nul ; il y a forcément des coûts incompressibles. 
Calculer les coûts cachés pour chaque étape du process a permis aux entreprises de se rendre compte de la ou des étapes où il y avait le plus d’optimisation à réaliser. Le témoignage d’une industrie participante montre l’importance de s’intéresser au coût complet des déchets : « Les étapes du process sur lesquelles nous devons agir en priorité pour réduire les pertes ne sont pas toujours celles que nous croyons ».

Un plan d’action à mettre en place

Le seul calcul des coûts cachés ne permet pas de faire des économies ; il sert seulement à identifier les étapes du process où il peut y avoir une dérive ou une optimisation. Il est donc nécessaire par la suite de se poser les questions pour comprendre les causes des coûts cachés élevés et définir les moyens à mettre en œuvre pour les éviter. 
Le bureau d’études apporte un regard neutre et nouveau sur le process. À travers des questions, parfois basiques, sur le fonctionnement des différentes étapes du process et la comparaison avec des process similaires dans d’autres secteurs d’activités, il peut déceler des pistes d’optimisation qui n’avaient pas été détectées auparavant. 
Cela permet également de prendre du recul sur son process. Cette étape est fondamentale car elle est généralement négligée par un manque de temps en interne (sans aide extérieure), par des habitudes parfois ancrées (« on a toujours fait comme ça ») qui n’ont jamais été remises en cause ou par une mauvaise connaissance du coût réel des déchets.

Quelques documents de référence

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